L'aménagement d'une exploitation sur versant ne se résume pas à la construction de murs et au drainage. La forme, l'orientation et la dimension des bandes cultivées, l'organisation des accès et l'intégration dans le parcellaire existant déterminent la viabilité à long terme de l'exploitation.

Principes de découpage parcellaire sur pente

La terrasse est une bande de terrain rendue horizontale par décaissement du versant et exhaussement de la partie aval. Sa largeur est fonction de deux contraintes principales : la pente naturelle du versant et la hauteur maximale acceptable des murs de soutènement.

Sur un versant de 35 % de déclivité, une terrasse de 3 m de largeur nécessite un mur d'environ 1,05 m de hauteur. Pour obtenir une bande de 6 m, le mur dépasse 2 m, ce qui exige une conception plus complexe et un coût de construction nettement plus élevé. La plupart des terrasses viticoles des Alpes et des Pyrénées présentent des largeurs comprises entre 2 et 5 m.

Terrasses viticoles de Lavaux au-dessus du lac Léman
Terrasses viticoles de Lavaux (Suisse), exemple de référence en Europe pour la gestion de versants escarpés. Source : Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0.

Orientation et exposition

L'orientation des terrasses par rapport aux courbes de niveau détermine les conditions agronomiques. Les terrasses parfaitement horizontales, perpendiculaires à la ligne de plus grande pente, offrent la stabilité hydraulique optimale. Cependant, sur des versants orientés au nord ou au nord-est dans les Alpes, une légère inclinaison vers le sud-est peut être introduite pour maximiser l'ensoleillement des cultures.

Dans les Cévennes et les Alpes méditerranéennes, les « faïsses » ou « bancels » — noms locaux des terrasses — sont fréquemment orientées de façon à bénéficier au maximum du soleil matinal, jugé moins desséchant que l'ensoleillement de l'après-midi.

Accès mécaniques sur versant

L'un des problèmes majeurs des exploitations en terrasses est l'accès des engins agricoles. Les voies de circulation doivent être conçues avec des rampes dont la pente ne dépasse pas :

  • 12 % pour les tracteurs standard sans blocage de différentiel
  • 20 à 25 % pour les tracteurs spécialisés à chenilles ou à prise de force 4×4 avec dispositif anti-basculement
  • Les débroussailleuses portées sur câble et les engins télécommandés peuvent intervenir jusqu'à 60 % de pente, mais ne permettent pas de travailler le sol en profondeur

Dans les vignobles en terrasses du Beaujolais et des Hautes-Côtes de Nuits, des treuils installés en tête de versant permettent à des enjambeurs ou des engins légers de progresser sur des pentes dépassant 30 % grâce à un câble de traction. Cette technique reste limitée aux exploitations disposant d'un investissement en équipement conséquent.

Spécificité locale

Dans les vignobles de Savoie (Chignin, Apremont, Jongieux), les terrasses les plus étroites — moins de 2 m — sont encore travaillées entièrement à la main ou avec des mini-outils de maraîchage motorisés. Certains exploitants utilisent des monorails aériens pour transporter la récolte depuis les terrasses jusqu'à la cuverie en bas de versant.

Reconquête de terrasses abandonnées

De nombreuses terrasses françaises ont été abandonnées au cours du XXe siècle, notamment après les crises phylloxériques et les exodes ruraux de l'entre-deux-guerres et des Trente Glorieuses. Dans les Alpes-Maritimes, les Cévennes et les Hautes-Pyrénées, des surfaces importantes restent boisées ou colonisées par des broussailles sur des terrasses dont les murs demeurent partiellement en état.

La réhabilitation de ces terrasses commence par un diagnostic de l'état des murs (inspection visuelle, mesure de la déformation du parement, sondage de la fondation), suivi d'un dessouchage raisonné pour ne pas déstabiliser les murs par arrachage mécanique brutal. La remise en culture suit une progression du bas du versant vers le haut, pour ne pas charger les murs inférieurs avant leur consolidation.

Champs délimités par des murs en pierre sur versant de montagne
Parcelles délimitées par des murs en pierre sèche sur versant montagneux. Source : Wikimedia Commons, CC BY-SA 2.0.

Intégration paysagère et réglementaire

En France, les travaux d'aménagement de terrasses sur des versants classés en zone naturelle, agricole ou forestière sont soumis à déclaration préalable ou à permis d'aménager selon l'ampleur des travaux de terrassement. Les Plans locaux d'urbanisme (PLU) et les documents d'orientation des Parcs naturels régionaux (PNR) précisent, commune par commune, les règles applicables.

Les terrasses situées dans des zones classées au titre de la loi paysage ou dans des Zones de protection spéciale (ZPS) peuvent faire l'objet de mesures agroenvironnementales (MAE) qui financent partiellement les travaux de réhabilitation en contrepartie d'engagements d'entretien.

Sources et documentation complémentaire

La question des terrasses françaises est documentée par l'Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement (INRAE), notamment dans le cadre du programme de recherche sur l'érosion des sols agricoles. Les données cadastrales et parcellaires sont disponibles sur Géoportail IGN. Les règlements locaux d'urbanisme sont consultables auprès des mairies ou sur le portail Géoportail de l'urbanisme.